En 1882, le projet de l’Eole mûrissait déjà dans la tête de Clément Ader.
Ce drôle d’avion, doté d’ailes rappelant la forme des ailes de chauve souris était une véritable prouesse technologique pour l’époque, mais également la preuve irréfutable du génie de Clément Ader.
L’Eole était recouvert de toile de lin, et les ailes possédaient les mêmes caractéristiques que les ailes des roussettes d’Inde (Ader en avait fait importer d’Inde et les conservait alors dans une volière, qu’il avait aménagée Rue Jasmin). En effet, après l’étude des ailes de l’Eole mais également de l’Avion n°3 ou Aquilon, on s’aperçoit que la voilure de l’Eole s’inspire de la disposition générale de l’ossature de la chauve-souris. Ader avait retenu cette disposition pour les ailes de l’Eole car pour lui les ailes de chauve-souris représentaient la courbe universelle. Les ailes de l’Eole étaient constituées d’une armature en bois recouverte d’une membrane de toile de lin fixée par quelques 6500 boutons.
L’envergure totale de l’appareil atteignait 13,70m.
Le fuselage reposait sur trois roues, deux à l’avant de l’appareil et une à l’arrière, qui rappelaient plus ou moins la forme des roues de bicyclettes. Clément Ader n’avait pas jugé nécessaire lors de la création de l’Eole de la doter de commandes de vol et de guidage.
Finalement, l’Eole était équipée d’une hélice en bambou à quatre pales, elles-mêmes constituées de plumes. L’hélice était entraînée par un moteur à vapeur à deux cylindres, dont le poids était de 17,5 kg et la puissance de 20 ch.
Ader choisit la forme de l’aile de la chauve-souris pour l’Eole, malgré la complexité de la construction et le poids. Il conserva cette configuration car elle lui offrait deux avantages, il avait la possibilité de replier la voilure pour les transports et éventuellement la rentrer dans le garage. De plus, cette configuration lui permettait de modifier rapidement la surface et la forme de l’aile et de procéder ainsi à tous les réglages.
A cette époque, le vol d’un aéroplane était jugé par la plupart des gens comme étant difficile à résoudre. Ader a donc choisi ce qui pouvait lui apporter la réussite. En choisissant le profil et le schéma d’une aile de chauve-souris, qui selon lui sont le meilleur exemple de la courbe universelle, Ader recherchait une stabilité de forme aussi grande que possible.
Lors du décollage d’Armainvilliers, le 9 Octobre 1890, Ader a souffert de la faible vitesse de montée en pression, et lors de la conception de l’Avion n°2, il ajoutera un deuxième levier, dit « levier d’accélération ».
Après les essais de vol de l’Eole à Armainvilliers puis à Satory en 1890, Clément Ader avait déjà dans la tête la construction d’un monomoteur de 30 ch, qui serait trois fois plus puissant que l’Eole mais aussi 30 % plus lourd à vide, le Zéphir ou Avion n°2.
Pour la construction de l’Avion n°2, le bambou a été abandonné de même que la toile de lin, pour les assemblages au profit de la soie. Les pièces de l’Avion n°2 sont moins massives, les sections des membrures sont affinées et mieux conçues et enfin la qualité des bois est supérieure. La voilure de l’avion n°2 sera également moins lourde que la voilure de l’Eole (2,5kg/m² pour l’Eole contre 1,5 kg/m² pour l’Avion n°2).Le fuselage de l’Avion n°2 est plus haut de trente centimètres et plus large de quarante centimètres et calculé pour une masse de 500 kg au lieu des 300 kg de l’Eole. Il faut noter que l’Eole quitta le sol et parcourut une distance de 50 mètres sur une hauteur de 20 cm environ.
Abandon de l’Avion n°2 et naissance de l’Avion n°3
Cependant après des tests concluants du moteur, Ader va décider d’abandonner le projet de l’avion n°2 pour un bimoteur qui portera le nom d’Avion n°3 ou Aquilon.
La construction de ce bimoteur, de plus de 15 mètres d’envergure, débutera dans les ateliers de la rue Jasmin en 1894 et ne s’achèvera pas avant 1897. L’Avion n°3 conserve toujours la forme d’une chauve-souris et est doté deux moteurs d’une puissance de 20 chevaux chacun. L’Avion n°3 est équipé également de deux hélices. Les matériaux employés sont essentiellement le bois et la soie. Ader ayant abandonné le bambou et la toile de lin au profit de la soie, qui malgré le fait d’un tissage serré, restait tout de même perméable à l’air.
L’Avion n°3 aura la même allure que l’Eole du moins en ce qui concerne l’allure générale de l’appareil et les ailes. Comme celles de l’Eole, les ailes de l’avion n°3 sont mobiles, leur courbure et leur surface sont modifiables en vol. Ader a imité les ailes des oiseaux, qui se gauchissent pour rétablir l’équilibre ou pour incliner le corps en vue d’un virage.
Il équipera l’avion n°3 d’une gouverne de direction commandée directement par des pédales fixées sur les côtés de l’appareil. Cependant le problème de la visibilité n’est pas résolu et il faut toujours se pencher fortement sur le côté, voire davantage car le fuselage de l’Avion n°3 est beaucoup plus large que celui de l’Eole. La gouverne de direction était placée sous l’aile.
Quant au pilote, il est toujours coincé derrière la chaudière à vapeur.
Le 14 Octobre 1897, eut lieu le premier vol de l’Avion n °3 devant des représentants du Ministère de la Guerre. Ce jour-là, le vent soufflait en rafales et le ciel était couvert. Ader, malgré des conditions météorologiques médiocres décide tout de même de faire voler son appareil. L’appareil quittera l’air, probablement à cause de l’inexpérience de Clément Ader, qui était un ingénieur et constructeur très talentueux, mais qui n’était pas un pilote expérimenté. L’Avion n°3 s’écrase à 200 mètres de la piste. Les roues, les propulseurs et les ailes de l’appareil sont hors d’usage. Après cet accident survenu à Satory en 1897, Clément Ader, privé de soutien financier de la part de l’Etat ne pourra réparer l’Avion n°3 et abandonnera le projet.
Authenticité des vols de Clément Ader.
Le 9 Octobre 1890, sur le domaine d’Armainvilliers, appartenant à Monsieur Isaac Pereire, Clément Ader a probablement effectué un premier bond, un envol, une envolée, voire même un début de sustentation, sur une cinquantaine de mètres et à une « altitude » de 20 cm. Cependant, on ne peut parler d’un vol véritable qui doit être soutenu et contrôlé. C’est ce que parviendront à faire les Frères Wright le 17 Décembre 1903.
Clément Ader n’a jamais affirmé avoir volé. Cependant, il faut reconnaître que Clément Ader était un ingénieur talentueux et que ses avions étaient très en avance sur la technologie de l’époque. Avec cette technologie il pouvait quitter le sol à volonté.
Ses tentatives de vol, effectuées en 1890 et 1897, le placent parmi les grands précurseurs de l’histoire de l’aviation. Il est le père des premiers essais et certainement le premier à avoir réussi à faire décoller un aéroplane et son pilote par la seule force du moteur.
La polémique sur l’antériorité du premier vol est née après le vol des Frères Wright en 1903. Certains français ont voulu contrer les réalisations des frères Wright et ont alors affirmé que Clément Ader avait bien réalisé le premier vol de l’histoire de l’aviation. Cette polémique s’est encore accentuée avec le vol de Santos Dumont. On a voulu alors prêter à Clément Ader des prouesses et des exploits qu’il n’avait jamais accomplis et qu’il n’avait pas la prétention d’avoir accomplis. En effet, Clément Ader n’a jamais affirmé dans aucun de ses ouvrages avoir un jour volé. Ces querelles sont venues entacher la réputation de Clément Ader, qui est pourtant un inventeur remarquable, et dont les inventions sont de nos jours trop souvent oubliées. (Clément Ader a déposé quelques 48 brevets).
Clément Ader fut le premier homme dans l’histoire de l’aviation à avoir fait décoller un aéroplane avec la seule force de son moteur. Ce fait n’est réfuté par aucun des détracteurs de Clément Ader. Dans son ouvrage, Les mensonges d’Ader, l’auteur (Charles H. Gibbs Smith) ne réfute pas ce décollage, il admet même que Clément Ader a réalisé le 9 Octobre 1890 le premier décollage de l’humanité.
Données techniques de l’Avion n°3
Avion n°3 ou Aquilon :
Motorisation :
2 moteurs de 20 chevaux chacun à vapeur d’alcool avec deux cylindres. Deux hélices centrorotatives de 3m de diamètre.
Puissance maximale
48 chevaux
Poids par cheval :
7,5 kg par cheval
Poids par m² :
9,5 Kg par m²
Poids à vide :
246kg
Charge utile :
115 kg
Masse maximale au décollage :
361 kg
Longueur :
5,45m
Largeur des ailes repliées :
5 mètres
Hauteur :
3 mètres
Envergure :
15 mètres
Surface des ailes :
37,95 m²
Equipage :
une personne
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